Fin d'après midi au village

Près pour les yeux, loin pour les jambes !

Prêts à partir pour un trek de 2 jours ?

8h45, nous déposons donc nos affaires dans un local de la guesthouse. 9h nous grimpons dans le songthaew (genre de petite camionnette dont l’arrière est aménagé avec deux banquettes latérales), direction : la zone de trek ! Bien sûr entre temps, nous aurons pris 4 autres trekkeurs, déposés 2 à un endroit, 2 autres seront vite remplacés par 2 nouvelles personnes… ainsi de suite jusqu’à nous retrouver à 9 sur les banquettes de la camionnette (aménagée pour disons 8 au max !) dont 5-6 fumeurs pour notre plus grand bonheur : pourquoi vouloir respirer à pleins poumons l’air pur des montagnes si on peut l’agrémenter d’un peu de tabac…! La jeunesse britannique en vacances (et l’expatrié chilien à visa allemand travaillant en Chine en vacances en Thaïlande… une histoire compliquée vous dites ?) est même allée jusqu’à s’en « griller une » sur le dos d’un éléphant ! Esprit de la Nature quand tu nous tiens…

Nous avons donc attaqué la journée par environ deux heures de Songthaew pour rejoindre le camp d’éléphants, également point de départ de notre randonnée. Là, quelques pachydermes arnachés arrivaient tranquillement, suivant les indications des cornacs. Les cornacs sont les meneurs d’éléphants mais aussi leur soigneur.

Elephant
Elephant

Un cornac est bien souvent responsable d’un éléphant, la longévité des hommes et des éléphants étant pratiquement équivalente, être cornac est bien plus qu’un métier, c’est un mode de vie. Le cornac mène l’éléphant en lui parlant, avec les pieds et également avec un crochet qui viendra piquer l’éléphant récalcitrant, même si le crochet semble bien plus chatouiller le cuir épais de l’animal que le piquer ! Une fois grimpés sur le siège sanglé sur le dos de l’éléphant, la ballade peut commencer. Quelques pas et les encouragements de Guillaume auront suffit : je tente de me faire comprendre du cornac pour me retrouver sur le cou de l’animal (au lieu du siège) : sa peau est rugueuse, ses poils raides piquent et le mouvement digne des montagnes russes est difficile à suivre… une bonne descente, une douche improvisée dans la rivière en contre-bas et on remonte. La remontée est assez impressionnante puisque les éléphants sont capables de grimper des pentes très importantes sans problème, même avec plusieurs centaines de kilo sur le dos ou sur le cou ! Notre éléphant aventureux avait envie d’aller voir un peu plus loin, c’est-à-dire tout au bord d’un précipice, si les branchages étaient plus savoureux… Cela a autant amusé le cornac que l’éléphant… quant à nous… une fois la frayeur passée, nous étions fiers d’avoir été choisis par l’éléphant-aventurier de l’équipe ! A la descente, les jambes vascillent – et oui il a fallu contracter tous les muscles pour ne pas tomber !

Ballade en éléphant
Ballade en éléphant

Après un déjeuner plus ou moins copieux selon l’état des troupes, la ballade pouvait commencer. Première montée, notre guide nous rassure : « ne vous inquiétez pas, c’était le plus dur, maintenant ce ne sera plus que des petites montées et descentes… » et dire qu’on l’a cru ! Après un arrêt apprécié à une petite chute d’eau, nous repartons (sous 36°C à l’ombre) pour rejoindre le village où nous passerons la nuit. Lorsque le guide nous montre au loin le village tout en haut de la montagne, on a pensé à une blague… le reste de la ballade nous a bien fait comprendre que ce n’était pas le cas ! A chaque pause, Jimmy (probablement un surnom adapté à nos prononciations occidentales), le guide, nous encourageait : « Félicitations ! vous êtes arrivés au point de vue – oh my God » puis « oh my Bouddha », etc. Dernière pause sur le sommet d’une parcelle où les pailles de riz et quelques grains jonchent encore le sol, côtoyant un plant de cannabis. Deux enfants d’environ 5 ans qui nous suivaient, sans mal (!), prennent le couteau du guide et coupent avec agilité une plante médicinale qu’ils ramèneront au village. On apprendra plus tard que les enfants du village où nous avons fait étape rejoignent chaque jour un village, que l’on aperçoit accroché à la montagne d’en face sur la photo ci-dessous, pour aller à l’école… de quoi relativiser nos soucis quotidiens !

Vue du village
Vue du village

La dernière montée nous attend et non des moindres : nous grimpons pratiquement à la verticale pour débarquer dans un village perché au sommet d’une montagne (1500 mètres d’altitude).

Village

Les maisons sont faites de bambou et de bois.  L’étage du bas, ouvert, est réservé à la basse-cour ou aux cochons. L’étage du haut est composé d’une ou deux pièces principales fermées mais sans porte et d’un avant toit couvrant un foyer : la cuisine. Parfois, il n’y a pas d’avant toit, laissant une terrasse découverte. Les populations présentes appartiennent aux tribus Akkha et Karen d’origine birmanes, dont certaines se sont réfugiées ici, dans les montagnes côté Thaïlande, au 20ème siècle, fuyant les affrontements en Birmanie. Notre guide nous apprend que c’est la première fois qu’il amène un groupe ici. Le village était paisible. Les enfants s’étaient attroupés autour d’une partie de foot sur le chemin de terre principal qui traversait le village. Une femme lavait les ustensiles de cuisine d’une main, retenant le plus jeune de la famille de l’autre, les arrosant chacun d’eau fraîche. L’eau s’écoulait à travers les lamelles de bambou formant le plancher surélevé de la terrasse. Chacun est affairé à ses travaux quotidiens. L’atmosphère de cette fin de journée était toute particulière : la lumière s’adoucissait avec la température, les bruits semblaient provenir d’un autre temps : pas un seul moteur, seulement le bruit des enfants s’amusant ça et là, les femmes discutant autour du repas mijotant sur le feu… Les hommes scrutaient le ciel au loin: récemment, ils ont perçu des signes inquiétants pour la prochaine récolte… ils ont fait beaucoup d’offrandes aux divinités. On peut les apercevoir accrochées à un arbre chétif au centre du village. Mais, malgré la quiétude que dégage leur visage et leur démarche lente, ils restent inquiets…

Fin d'après midi au village
Fin d’après midi au village

Après une bonne douche fraîche, un repas préparé par notre guide et une soirée où ce dernier nous montrera ses talents de conteur et de magicien, la finesse des petits matelas ne perturbera pas notre sommeil ! 6h du matin, des cris de coqs nous réveilleront. Après un petit déjeuner proposant pains de mie grillé, beurre, confiture et fruits à volonté, nous repartons sur l’autre versant pour redescendre jusqu’à une cascade. La descente est glissante. Nous trouverons sur le chemin un fruit nommé « coeur brisé » pour son goût particulier : sucré au début, puis très amer à la fin… après une pause baignade (essentielle vu la température !), nous repartons en direction de la rivière que nous descendrons en rafting : en fin de saison sèche, le débit est moins important et la descente ne sera pas très périlleuse mais assez sympathique tout de même. Sur la rive, nous croiserons beaucoup de thaïlandais venus se rafraîchir. Nous finirons la descente de la rivière sur un radeau traditionnel, avec un capitaine débutant (Guillaume) qui agrémentera la ballade par un échouage sur la rive (« Même pas vrai ! » dit-il)… L’excursion est déjà terminée, on en aurait bien repris un peu… !

Village

Cette ballade de deux jours aura été riche et le départ de Thaïlande qui s’approche n’a pas fini de nous donner envie d’arrêter le temps… Après être rentrés à Chang Mai, avoir récupérés nos affaires et pris une douche, nous repartirons en train de nuit pour Bangkok d’où nous prendrons un avion pour continuer notre voyage au Cambodge…