Un peu d’histoire: le Fouta Djallon

Le Fouta Djallon correspond à peu près à la région appelée Moyenne Guinée. C’est une région dominée par un relief accidenté plus ou moins montagneux.
Pour comprendre les habitants de cette région, il faut connaître leur histoire.

Cette région était peuplée par les Djallonkés au XVème siècle, peuple animiste de cultivateurs. Au XVIIIème siècle, les peuhls musulmans, nomades éleveurs, vinrent s’installer dans cette région propice à leur bétail. Cependant, selon leur religion, ils se devaient d’islamiser leurs nouvelles terres. Ce fut le début d’une guerre sainte. De nombreux djallonkés fuirent vers la Basse Guinée, d’autres furent convertis ou résistèrent. Il naquit alors une nouvelle société où les peuls musulmans étaient les nobles, et les autochtones animistes les captifs de ces premiers. Dès lors, les deux traditions, djallonké et peuhle, se mélangèrent pour former un mode de vie singulier.
S’agissant de la gestion du foncier, la tradition animiste reconnaissait la propriété à celui qui avait cultivé ou utilisé la terre le premier et ses descendants, ces derniers restant toujours liés au « génie de la brousse ». La tradition peuhle, elle, est basée sur la loi coranique, en particulier « la terre appartient à Dieu », représenté par l’imam. Ainsi l’imam est le chef de sa paroisse et en possède les terres et les habitants. La propriété privée n’existe pas, la terre est un bien collectif inaliénable. De ces deux coutumes naît un nouveau mode de propriété privée singulier où des droits d’usage collectifs sont reconnus. Ainsi, le puisage de l’eau, la cueillette des fruits sauvages, le ramassage du bois mort et le pâturage sont libres, sauf si la terre est clôturée.
La propriété des terres est cependant réservée aux peuhls musulmans ou anciens animistes convertis avec ferveur. Les captifs ne possèdent rien, « pas même ce qu’ils ont sur la tête » (Richard-Molard, 1944). Ils vivent sur les terres que leurs ont attribués les nobles, cultivent leurs champs et doivent leur donner une partie de la récolte (la dîme).
L’organisation de l’espace se fait en fonction de cette construction sociale. On trouve ainsi le village « missidé » où on rencontre la mosquée et les nobles, regroupés par « lignée », et plus loin, en hameaux, les captifs qui mettent en valeur les terres des nobles. Le travail suit également une répartition particulière. Les nobles sont les intellectuels : religieux, notables ; ils gardent leur noyau d’élevage qui représente leur richesse. Les captifs sont les cultivateurs, les artisans, hommes de forces de la société. Aujourd’hui encore on retrouve cette répartition spatiale, dans les zones rurales, des descendants des anciens nobles ou captifs et les relations entre eux sont toujours conflictuelles.